Respiration et croissance du visage chez l’enfant : comprendre les liens

Votre enfant garde souvent la bouche ouverte, même lorsqu’il n’est pas enrhumé? Vous l’entendez ronfler ou vous remarquez que son sommeil est agité?

Ces observations peuvent soulever des questions. Elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un trouble, mais lorsqu’elles persistent, elles méritent d’être discutées avec un professionnel de la santé.

La respiration, la position de la langue et le fonctionnement des lèvres et des mâchoires sont liés. Comprendre ces liens permet de mieux observer son enfant, sans présumer de son développement futur.

Respirer par la bouche : chercher à comprendre

Lors d’un rhume, il est courant qu’un enfant respire temporairement par la bouche. Toutefois, lorsque cette façon de respirer se prolonge, plusieurs éléments peuvent entrer en jeu : une obstruction nasale, certaines particularités anatomiques ou des habitudes de posture et de fonctionnement.

Dire « ferme la bouche » ne répond donc pas nécessairement à la difficulté. Avant de demander à un enfant de respirer par le nez, il faut notamment s’assurer qu’il peut le faire confortablement. Une évaluation médicale peut être indiquée pour rechercher un obstacle à la respiration nasale. Cette distinction est également soulignée dans les repères cliniques de l’ASHA sur les troubles myofonctionnels orofaciaux.

Ce que la recherche nous apprend sur la croissance du visage

Des études ont observé, chez des groupes d’enfants qui respirent par la bouche, certaines différences dans les mesures du visage et des mâchoires comparativement aux enfants qui respirent par le nez. Ces observations sont notamment présentées dans une revue systématique et méta-analyse publiée en 2021.

Cela ne signifie toutefois pas que la respiration explique à elle seule la forme du visage, ni qu’un enfant qui garde la bouche ouverte développera nécessairement un palais étroit ou un problème de sommeil.

La croissance est un processus complexe. L’hérédité, l’anatomie et les fonctions orofaciales font partie des éléments à considérer. Les liens observés dans des groupes d’enfants ne permettent pas de prédire le parcours d’un enfant en particulier.

La langue et les lèvres font partie de l’ensemble

La bouche ne sert pas seulement à parler ou à manger. Entre ces activités, la langue, les lèvres et les mâchoires adoptent aussi des positions de repos.

En orthophonie, on peut s’intéresser à ces postures ainsi qu’à la façon dont l’enfant mastique, avale et produit les sons de la parole. Ces observations prennent leur sens dans une évaluation globale : une posture isolée ne suffit pas à expliquer une difficulté.

Le travail proposé, lorsqu’il est indiqué, porte sur les fonctions et les besoins identifiés. Il ne constitue pas une promesse de modifier la croissance du visage ou d’éviter un traitement orthodontique.

Quoi observer au quotidien?

Vous n’avez pas besoin de surveiller chaque respiration de votre enfant. Quelques observations peuvent néanmoins être utiles lors d’une consultation :

  • Sa bouche reste-t-elle souvent ouverte en dehors des périodes de rhume?
  • Semble-t-il avoir régulièrement le nez bouché?
  • Ronfle-t-il fréquemment?
  • Observez-vous des pauses respiratoires ou une respiration laborieuse pendant son sommeil?
  • Présente-t-il aussi des difficultés à mastiquer, à avaler ou à articuler certains sons?

Un ronflement fréquent, des pauses respiratoires observées ou une respiration laborieuse pendant le sommeil justifient une discussion avec un médecin. Le diagnostic d’un trouble respiratoire du sommeil relève d’une évaluation médicale; l’apparence du visage ou la posture de la langue ne permettent pas de le poser. Les recommandations de l’American Academy of Pediatric Dentistry sur l’apnée obstructive du sommeil soulignent également l’importance d’une orientation médicale lorsqu’un trouble est suspecté.

Quelle est la place de l’orthophonie?

Dans ma pratique d’orthophoniste, je m’intéresse au fonctionnement orofacial : la posture de repos, les mouvements de la langue et des lèvres, la mastication, la déglutition et la parole, selon les besoins de la personne.

Lorsqu’une intervention est pertinente, ses objectifs sont adaptés à l’évaluation, à l’âge de l’enfant et à sa capacité à participer. Si une difficulté respiratoire semble faire obstacle au travail proposé, une collaboration avec les professionnels concernés est importante.

La rééducation myofonctionnelle ne remplace pas la prise en charge médicale d’une obstruction nasale ou d’une apnée du sommeil. Elle peut avoir sa place pour certaines difficultés orofaciales, et venir compléter le travail fait par d’autres professionnels de la santé dans un parcours de soins adapté.

Comprendre, sans culpabiliser

Voir son enfant dormir la bouche ouverte ne signifie pas qu’on a laissé passer quelque chose ni que sa croissance est compromise.

Lorsque des signes persistent, l’objectif est de comprendre ce qui se passe et de déterminer si une aide est nécessaire. Selon la situation, les regards du médecin, du dentiste ou de l’orthodontiste et de l’orthophoniste peuvent se compléter.

Il n’existe pas un parcours unique pour tous les enfants. Prendre le temps d’observer, de poser des questions et de tenir compte des besoins de chacun reste un bon point de départ.

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., orthophoniste
Mon orthophoniste inc.

Partager cet article :

INSCRIVEZ-VOUS À L’INFOLETTRE POUR NE PAS LA MANQUER!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Derniers articles

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience de navigation et garantir le bon fonctionnement du site. En continuant à utiliser ce site, vous reconnaissez et acceptez l'utilisation de cookies.

Accepter tout Accepter uniquement les requis