Entre les lectures et la clinique : une histoire de LEGO

Pendant plusieurs années, mes lectures scientifiques m’ont donné l’impression d’accumuler des pièces de LEGO. Certaines trouvaient tout de suite leur place; d’autres restaient sur la table, en attendant une question qui leur donnerait du sens.

Puis le mouvement est devenu un aller-retour. Une observation en rencontre m’amenait vers les écrits scientifiques. Une lecture changeait ensuite ma façon de poser une question ou d’examiner une fonction. C’est cette circulation entre les connaissances et la clinique qui continue de nourrir mon travail.

Une question peut déplacer tout l’assemblage

Pourquoi cette personne trouve-t-elle certains aliments difficiles à avaler? Qu’est-ce qui rend la respiration nasale inconfortable? Comment comprendre une progression qui ralentit malgré des exercices bien réalisés? Une question précise aide à chercher au bon endroit, mais aussi à reconnaître le moment où le regard d’un autre professionnel devient nécessaire.

Le plus intéressant n’est pas toujours de trouver une explication qui confirme mon intuition. C’est parfois de découvrir que l’association observée a plusieurs explications possibles, que les études ne portent pas sur la même population, ou que la réponse demeure incomplète. Une pièce qui ne s’emboîte pas mérite qu’on s’y attarde plutôt que de forcer l’assemblage.

Lire pour mieux écouter

Dans mon travail d’orthophoniste, ces lectures prennent leur sens lorsqu’elles éclairent les fonctions orofaciales et les difficultés vécues par une personne. Elles se mettent en dialogue avec l’évaluation et ce que la personne nous apprend de son quotidien.

Une stratégie peut être pertinente sur papier et difficile à intégrer à une vie déjà chargée. Il faut alors ajuster le rythme, les objectifs ou les moyens. Persévérer ne signifie pas répéter indéfiniment la même chose : cela peut aussi vouloir dire revoir notre point de départ.

Je garde donc cette image des LEGO, avec une construction qui reste ouverte. Apprendre, pour moi, c’est ajouter des pièces, en déplacer quelques-unes et accepter de laisser certains espaces libres. La curiosité devient particulièrement utile lorsqu’elle reste accompagnée de cette souplesse.

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., orthophoniste
Mon orthophoniste inc.

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