Les amygdales ont été retirées, mais les nuits restent bruyantes. Pour des parents qui espéraient retrouver un sommeil plus paisible, cette situation peut être déroutante. Elle mérite de reprendre le fil du suivi : qu’est-ce qui s’est amélioré, qu’est-ce qui persiste, et que faut-il encore comprendre?
Les voies aériennes ne se résument pas aux amygdales
Les amygdales et les végétations peuvent occuper une place importante dans l’obstruction des voies aériennes d’un enfant. Leur retrait peut améliorer la respiration nocturne. D’autres éléments interviennent aussi : perméabilité du nez, anatomie craniofaciale, autres zones de rétrécissement et contrôle des voies aériennes pendant le sommeil. Le parcours varie donc d’un enfant à l’autre.
Les recommandations de l’American Thoracic Society sur l’AOS persistante, publiées en 2024, portent précisément sur cette situation. Elles décrivent différentes options à envisager selon les caractéristiques de l’enfant et les résultats de son évaluation. Un ronflement qui demeure est une raison de refaire le point sur les améliorations obtenues et les besoins qui persistent.
Reprendre les observations, puis choisir les examens utiles
La fréquence des ronflements, les efforts pour respirer, les pauses observées et les répercussions pendant la journée aident l’équipe à préciser la suite. L’examen du sommeil retenu permet de préciser le trouble respiratoire et sa sévérité en fonction de la question clinique.
Un enfant dont j’ai accompagné le parcours avait eu une oxymétrie qui n’avait pas révélé le trouble; une polysomnographie réalisée ensuite avait mis en évidence une AOS. Ce souvenir illustre pourquoi le résultat d’un examen se lit avec l’ensemble de l’histoire. Les recommandations pédiatriques de l’AAP précisent qu’un test alternatif négatif ne clôt pas nécessairement l’évaluation lorsque la suspicion clinique reste forte.
Que regarde l’orthophoniste?
Je m’intéresse aux fonctions orofaciales : à la manière de mastiquer et d’avaler, aux mouvements et à la posture de la langue, à la parole et au confort de la respiration nasale au repos. Lorsque ces fonctions sont difficiles, elles peuvent justifier des objectifs orthophoniques propres, en parallèle du suivi du sommeil.
On parle alors d’un enfant suivi pour un trouble myofonctionnel orofacial, dans un contexte d’AOS. Un progrès pendant les repas ou dans la coordination de la langue est un résultat fonctionnel intéressant; l’évolution de l’AOS, elle, se vérifie dans le cadre du suivi médical.
Le travail myofonctionnel dans la recherche pédiatrique
La rééducation myofonctionnelle fait l’objet de recherches en lien avec le sommeil pédiatrique. L’idée est d’examiner si le travail de certaines fonctions orofaciales peut contribuer au fonctionnement des voies aériennes chez des enfants sélectionnés. Les études restent peu nombreuses et leurs protocoles diffèrent. Le document de l’ATS de 2024 réserve l’examen de cette approche à une mise à jour ultérieure.
Pour une famille, la prochaine étape utile est donc un plan partagé : qui réévalue le sommeil, quelles fonctions nécessitent un accompagnement, et comment seront suivis les progrès? Ce cadre permet à chaque intervention d’avoir un objectif clair, tout en gardant l’enfant et son quotidien au centre.
Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., orthophoniste
Mon orthophoniste inc.
Pour poursuivre votre lecture
- Outils de dépistage du sommeil pédiatrique (PDF inclus)
Trouver des questionnaires en français pour préparer une consultation au sujet du sommeil de l’enfant. - Respiration et croissance du visage chez l’enfant : comprendre les liens
Explorer les liens entre respiration, posture de la langue et développement du visage.