Apnée obstructive du sommeil chez la femme : symptômes, hormones et parcours de soins

Quand on imagine une personne qui fait de l’apnée du sommeil, on pense encore souvent à un homme qui ronfle fort. Cette image laisse dans l’ombre bien des femmes dont les nuits sont perturbées.

En consultation, les récits parlent parfois surtout de fatigue, de réveils fréquents, d’irritabilité ou du sentiment de ne jamais récupérer. S’intéresser à ces récits, c’est ouvrir une conversation sur le sommeil et sur les évaluations qui pourraient être utiles.

Des manifestations qui ne correspondent pas toujours à l’image habituelle

L’apnée obstructive du sommeil (AOS) se caractérise par des obstructions répétées des voies aériennes supérieures pendant le sommeil. Chez les femmes, l’insomnie, la fatigue et les difficultés ressenties au quotidien peuvent occuper une place importante, même lorsque les ronflements sont peu rapportés.

La revue de Wimms et ses collègues décrit ces particularités et les obstacles à leur reconnaissance. Un récit centré sur la difficulté à dormir mérite autant d’attention qu’un récit centré sur le ronflement.

Ce que les hormones peuvent changer

La respiration nocturne dépend de l’anatomie, de l’activité musculaire et de la commande nerveuse de la respiration. Les hormones sexuelles participent à cette régulation. La progestérone exerce notamment une influence sur la stimulation ventilatoire; les variations hormonales s’inscrivent aussi dans un ensemble de changements touchant les tissus et la répartition des graisses.

La revue de Bonsignore et ses collègues explique comment ces facteurs contribuent aux différences observées entre femmes et hommes et au fil de la vie. C’est une interaction entre plusieurs mécanismes, plutôt qu’une hormone qui ouvrirait ou fermerait à elle seule le passage de l’air.

À la ménopause : regarder au-delà des nuits agitées

La fréquence de l’AOS augmente après la ménopause. Les changements hormonaux, l’avancée en âge et les modifications de la composition corporelle participent au portrait. Les bouffées de chaleur et l’insomnie peuvent également perturber les nuits.

Pour une femme qui décrit un sommeil devenu peu réparateur, l’intérêt est donc de préciser ce qui a changé : les réveils, la respiration, les sensations au réveil, les difficultés pendant la journée. Tout attribuer d’emblée à la ménopause pourrait laisser une autre difficulté inexplorée.

SOPK : une autre raison de s’intéresser au sommeil

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et l’AOS peuvent coexister. Une revue systématique avec méta-analyse de Kahal et ses collègues rapporte une fréquence élevée d’AOS dans les groupes de femmes ayant un SOPK étudiés, particulièrement en présence d’obésité.

Les chercheurs s’intéressent aux interactions entre facteurs hormonaux, insulinorésistance et composition corporelle. Ces résultats, issus des groupes étudiés, encouragent à inclure les symptômes du sommeil dans l’évaluation des besoins des femmes ayant un SOPK.

Grossesse et après-naissance : des besoins qui évoluent

Pendant la grossesse, les changements de poids, la congestion des voies aériennes et les adaptations respiratoires peuvent modifier la respiration pendant le sommeil. Après l’accouchement, le manque de sommeil lié aux soins du bébé peut se superposer à une difficulté respiratoire déjà présente.

Les recommandations de consensus sur l’AOS pendant la grossesse abordent le dépistage, le diagnostic, le traitement et le suivi après la naissance. Des ronflements nouveaux ou des pauses respiratoires rapportées sont des informations à transmettre à l’équipe qui suit la grossesse. Un diagnostic posé pendant cette période mérite aussi un suivi après l’accouchement.

Derrière les symptômes, une vie quotidienne

Dans les récits que j’entends, la fatigue peut réduire l’énergie disponible pour sortir, travailler ou s’occuper de sa famille. Certaines personnes se reprochent un manque de volonté; d’autres décrivent une patience plus courte ou appréhendent le moment de se coucher.

Ces expériences donnent une mesure très concrète de ce que signifie « ne pas récupérer ». Elles méritent d’être entendues sans réduire la personne à un score ou à une seule explication. En consultation, préciser depuis quand les difficultés existent et ce qu’elles changent au quotidien aide à orienter la suite.

La place de l’orthophonie dans ce parcours

Lorsqu’une personne consulte pour un trouble myofonctionnel orofacial dans un contexte d’AOS, mon évaluation porte sur ses fonctions orofaciales : par exemple la posture de repos de la langue et des lèvres, la mastication et la déglutition, selon ses besoins. Les informations sur son sommeil contribuent aux échanges avec les autres professionnels.

Le suivi orthophonique s’articule avec le diagnostic et le traitement de l’apnée assurés par l’équipe médicale.

Reconnaître la diversité des parcours féminins permet surtout de poser de meilleures questions, de prendre les plaintes au sérieux et de donner à chacune une place dans la conversation sur le sommeil.

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., orthophoniste
Mon orthophoniste inc.

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