"> La respiration buccale... ni banale, ni anodine. - Marie-Emmanuelle Marchand

Marie-Emmanuelle Marchand

La respiration buccale… ni banale, ni anodine.

La respiration buccale

Plusieurs d’entre vous êtes sans doute curieux de comprendre ce que la respiration buccale vient faire dans ce blogue sur l’orthophonie… Eh bien, l’orthophoniste est appelé à intervenir non seulement sur le langage (le contenu de ce que l’on dit), mais aussi sur la parole (comment on le dit fonctionnellement). C’est pour les cas de parole qu’il est important de considérer le patron respiratoire du client.

Malgré l’opinion populaire, respirer par la bouche (plutôt que par le nez) n’est pas sans conséquence. En tant qu’orthophoniste, il est même parfois primordial de s’attarder à cette mauvaise habitude avant d’entreprendre un suivi en rééducation. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et commençons par voir quels peuvent être les facteurs prédisposant à la respiration buccale.

Facteurs prédisposants

Le facteur le plus évident est une incompétence labiale ou une faiblesse des muscles mentonnier, buccinateur et/ou orbiculaire résultant en une difficulté voir une impossibilité à fermer la bouche. Il arrive parfois que les muscles soient si faibles qu’ils ne parviennent à faire fermer la bouche qu’au coût d’un grand effort. Nous observons alors un tressaillement des muscles (souvent celui du menton) lorsque le patient ferme la bouche. Ainsi, au repos, nous observons une béance (ouverture) de la cavité buccale qui diffère d’un patient à l’autre. L’exemple le plus évident d’une béance franche est Bubba l’ami de Forest Gump dans le film du même nom.

Un second facteur de respiration buccale est l’obstruction nasale. Je sais, c’est évident, mais l’obstruction nasale peut être chronique (allergies, arche inversée, trauma,…) résultant en un patron respiratoire buccal par défaut. Un oto-rhino-laryngologiste, un allergologue ou un médecin généraliste peuvent intervenir à ce niveau.

Aussi, une hypertrophie des tonsilles palatines (communément appelées amygdales), si elle obstrue le passage de l’air par le nez peut résulter en une respiration buccale.

Finalement, il arrive qu’un individu suite à un épisode de grippe ou de sinusite prenne l’habitude de respirer par la bouche et ne perde pas cette habitude par la suite. Sachez toutefois que quelle que soit la cause, les conséquences sont les mêmes.

Conséquences de la respiration buccale comme patron respiratoire principal

Chez les enfants, un patron de respiration buccale peut entraîner, au niveau anatomique, une faiblesse des muscles du tiers inférieur du visage et même une croissance accrue du bas du visage, des narines plus étroites, une malocclusion dentaire, un palais plus étroit, etc.

Sur le plan de la parole, elle peut entraîner un sigmatisme communément appelé « parler sur le bout de la langue » pour certains phonèmes (sons).

Sur le plan de l’alimentation, elle peut notamment entraîner une protrusion linguale (langue qui sort en avant lors de la déglutition).

Que faire si vous observez ce patron respiratoire chez votre enfant?

Si vous doutez de la capacité (c.-à-d. faisabilité) de votre enfant à respirer par le nez, consultez votre médecin pour qu’il vous recommande un oto-rhino-laryngologiste. Notez que le débit d’air par le nez peut être possible, mais insuffisant, nécessitant l’apport d’une seconde source, celle-ci buccale, afin de permettre à l’enfant de bien s’alimenter en oxygène. Ainsi, ne regardez pas seulement si l’air passe par le nez, mais aussi si le passage est suffisamment large pour bien oxygéner l’enfant adéquatement. Pour ce faire, soyez à l’affût des indices suivants : l’enfant respire d’abord par le nez, mais complète par la bouche pour atteindre un volume d’air confortable, un sifflement très léger s’entend lorsque l’air passe par les sinus nasaux ou finalement, la respiration est perceptiblement plus longue lorsque l’enfant respire par le nez que lorsqu’il respire par la bouche.

Lorsque l’oto-rhino-laryngologiste a déterminé qu’une respiration nasale est possible, et si vous observez une malocclusion dentaire ou une protrusion linguale lors de la déglutition, c’est au tour du dentiste de donner son avis. Dans certains cas, un orthodontiste, un parodontiste et même un chirurgien maxillo-facial peuvent être nécessaires. Mais ce dernier n’est nécessaire que dans les cas où la forme c.-à-d. les structures ne permettent pas la fonction (avaler, parler et/ou respirer normalement). Dans les cas les plus légers comme les plus sévères, l’intervention d’une orthophoniste est généralement nécessaire.

En conclusion, la respiration buccale peut être un problème ou le devenir et une intervention orthophonique est généralement de mise pour adopter une respiration nasale, corriger la déglutition, l’articulation, favoriser le développement de la musculature du visage, la pousse droite des dents, etc. En cas de doute, consultez un orthophoniste, qui grâce à une évaluation pourra identifier s’il y a mauvais patron respiratoire et déterminer quelles évaluations complémentaires sont nécessaires dans le cas précis qui vous préoccupe. Ainsi, si vous n’avez qu’une chose à retenir de cet article c’est : respiration buccale = orthophonie. Le reste, on s’en occupe!

Pour un vidéo explicatif et clair, suivez le lien ici.

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., orthophoniste

 

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– Michaël Ferrari

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