Quand avaler ou respirer devient difficile : écouter, distinguer, orienter

Deux personnes rencontrées en consultation m’ont rappelé combien les mots « je m’étouffe » peuvent recouvrir des expériences différentes. Elles décrivaient des difficultés pendant les repas, mais aussi des épisodes où la respiration semblait se bloquer en dehors de l’alimentation. Prendre le temps de distinguer ces situations change les questions que l’on pose.

Avaler : un geste coordonné

La bouche prépare la bouchée; la langue la déplace; le pharynx participe à son passage pendant que les voies respiratoires se protègent. L’œsophage prend ensuite le relais vers l’estomac. La dysphagie désigne une difficulté de déglutition, dont l’évaluation cherche à préciser la nature, l’efficacité et la sécurité.

Les personnes racontent souvent leurs difficultés avec des mots très concrets : « Je finis toujours la dernière », « la viande reste dans ma bouche », « je sens encore quelque chose après avoir avalé » ou « le pain baguette me fatigue ». Ces adaptations du quotidien sont précieuses à entendre. Elles donnent des pistes pour observer la mastication, la gestion des bouchées et le déroulement du repas.

Quand la difficulté concerne surtout le passage de l’air

Le larynx se trouve au carrefour de la respiration, de la voix et de la protection des voies aériennes. Dans l’obstruction laryngée inductible, un rétrécissement transitoire du larynx peut gêner le passage de l’air en réponse à certains déclencheurs. Cette situation peut ressembler à d’autres difficultés respiratoires et peut notamment coexister avec l’asthme.

Le récit des épisodes et les examens appropriés, dont l’observation du larynx dans les conditions pertinentes, aident à préciser l’origine de la difficulté respiratoire. Lorsqu’une obstruction laryngée inductible est identifiée, un accompagnement orthophonique adapté peut faire partie de la prise en charge coordonnée.

Et si la sensation semble plus basse?

Une personne peut également décrire un aliment qui semble rester bloqué après avoir avalé, une douleur ou une difficulté qui touche les solides, les liquides ou les deux. L’œsophage entre alors dans les questions à explorer avec l’équipe médicale. Les causes possibles de dysphagie sont variées et les examens médicaux permettent de préciser le fonctionnement de l’œsophage.

Dans ces situations, mon rôle est de documenter les observations qui relèvent de l’évaluation orthophonique, de reconnaître ce qui demande une investigation complémentaire et de transmettre les renseignements utiles. Cela évite de proposer le même exercice à des difficultés qui ne reposent pas sur le même mécanisme.

Partir des besoins de la personne

Le travail peut concerner la mastication, la préparation des bouchées ou d’autres aspects de la déglutition, selon l’évaluation. Les stratégies et les exercices doivent être choisis pour la difficulté identifiée. Le choix tient compte de la fonction concernée et de l’effet recherché pendant le repas.

Une difficulté respiratoire importante ou l’impossibilité soudaine d’avaler sa salive demande une évaluation urgente. Pour les difficultés répétées du quotidien, raconter précisément ce qui se produit constitue déjà une étape utile : pendant ou hors des repas, avec quels aliments, à quel moment, et avec quelles sensations?

Ces rencontres m’ont surtout rappelé la valeur d’une écoute attentive. Derrière un même mot, plusieurs fonctions peuvent demander notre attention. Les distinguer permet à l’orthophonie et aux autres professionnels de contribuer chacun avec un objectif clair.

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., orthophoniste
Mon orthophoniste inc.

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4 réponses

  1. Bonjour Mme Marchand. Ça fait tellement plaisir de voir qu’il existe des personnes qui se posent et réfléchissent. Il est vrai que le temps accordé aux patients par les médecins ne permet pas toujours cette écoute. Néanmoins, et là je parle pour les médecins, n’est-ce-pas justement pur être entendus que nous allons les voir? Et je ne parle pas des parties de ping-pong entre gastros et ORL!
    Je suis exactement dans le même cas que l’une de vos patientes. Je suis en attente d’une manométrie. Mais j’ai pris l’initiative de voir ma rhumatologue et elle m’a orientée vers un ostéopathe spécialisée dans la prise en charge maxillo-faciale; résultats: os hyoïde remonté. C’est donc aussi une aide en plus de l’orthophonie qui me semble indispensable. Malheureusement, comme, en effet, les orthophonistes sont surchargés par les petits avec difficultés langagières, pas de place! Je suis donc sur liste d’attente depuis 6 mois, sachant que j’ai perdu 6 kg et que je ne m’alimente plus sinon avec des boissons protéinées… Donc pas si simple. Alors merci de prendre le temps. Karine.

  2. Bonjour,
    Est-ce que les deux dames avaient le même type de problèmes finalement? Les difficultés décrites ressemblent beaucoup aux symptômes d’achalasie. Je serais curieuse de savoir ce qui en est un an plus tard.
    Merci :)

    1. Pour ceux qui l’ignoreraient, je mets ici une définition de l’achalasie. L’achalasie est une maladie rare de l’œsophage qui se caractérise par une incapacité du sphincter œsophagien inférieur (SOI) à se relâcher correctement lors de la déglutition et par une perte de la motilité normale de l’œsophage. Cela entraîne des difficultés à avaler (dysphagie), des régurgitations, et parfois des douleurs thoraciques ou une perte de poids.
      Comme ça fait un moment déjà, je ne me rappelle plus de l’une des deux alors je me contenterai de parler de la seconde. Elle ne fait plus de spasmes oesophagiens, la déglutition est rentrée dans l’ordre. À notre dernière rencontre, elle pleurait de reconnaissance. Je vais m’en souvenir pendant des années. Je ne suis pas médecin du tout et la dysphagie est un trouble qui doit être diagnostiqué par une équipe en milieu hospitalier, que ce soit clair. Cela dit, si plusieurs éléments tombent dans l’aspect myofonctionnel dans lequel j’ai développé une expertise, je rééduque ce que je peux et on voit si ça améliore la situation. Dans le cas de cette dame, ça a suffit à régler les symptômes rapportés. Il y a des mois que je ne l’ai pas vue, tout porte à croire que les gains se maintiennent dans le temps.

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