Marie-Emmanuelle Marchand

Existe-t-il un lien entre Dyslexie et Trouble du traitement auditif?

Comme c’est souvent le cas dans la vie, il faut attendre d’être confronté à une situation avant qu’un questionnement nous propulse vers l’avant et motive notre quête de réponse. La pratique privée est un milieu propice aux questionnements et il faut y voir une opportunité de pousser plus loin notre compréhension des choses. Ainsi, il semblerait que dernièrement, les cas dyslexiques aient aussi des difficultés à discriminer adéquatement entre les sons. C’est bien embêtant alors de savoir si c’est l’oeuf ou la poule qui a commencé le bal.

Tony Leroux, Ph. D., professeur adjoint de l’École d’orthophonie et d’audiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal a écrit un court article très intéressant à ce sujet. Le voici résumé pour vous. L’article original peut être lu ici.

Le système auditif central permet d’analyser la tonalité, la force et la durée d’un son, de distinguer un son parmi d’autres et de séquencer une suite de son dans un ordre approprié. Ça va donc bien au-delà de l’audition périphérique à laquelle surdité est le terme le plus communément rattaché. Le système auditif central est également intégré aux autres fonctions du cerveau que sont le langage, la mémoire et la capacité d’apprendre. C’est pourquoi on voit si souvent des difficultés d’apprentissages chez les personnes aux prises avec un Trouble du traitement auditif (TTA) et vice versa.

Le TTA réfère à une ou des incapacité(s) en lien avec l’organisation, l’intégration et l’interprétation de l’information auditive. Règle général, le bruit empire les manifestations. Il s’agit alors de l’habileté à distinguer la parole des bruits ambiants. Plus le lieu réfléchit les ondes sonores (pensez à une classe bien lisse sans tapis ni surfaces pouvant absorber les bruits), plus la réverbération sera importante et plus ces enfants auront de la difficulté à suivre le cours qui leur est donné. Que pensez-vous que leurs résultats démontreront par la suite?

Pour revenir à l’intéressant article du docteur Leroux, puisqu’un enfant peut présenter des difficultés à différencier auditivement les sons qui se ressemblent, il peut éprouver de la difficulté à épeler, à lire et à écrire. Ces apprentissages de base nécessitent l’association d’une information auditive avec un symbole graphique. Si le traitement auditif est inadéquat, l’association avec le symbole graphique risque aussi d’être compromise. Bien des auteurs ont documenté l’origine auditive de la dyslexie au fil des ans. Ceci dit, des méthodes d’investigation psychoacoustiques, électrophysiologiques et d’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique permettent maintenant d’étudier soit la fonction ou la structure des zones auditives du cerveau. En utilisant ces techniques, diverses capacités auditives centrales ont été examinées chez des enfants et des adultes dyslexiques : l’écoute dichotique de segments de parole, la résolution fréquentielle, la détection de silence, le démasquage binaural et la ségrégation d’un flux auditif.

En résumé, on a dénoté des différences entre les groupes contrôle et dyslexique pour les fonctions supportées par le lobe temporal (la partie du cerveau qui entend) sur le plan structurel surtout. Nous voilà donc bien peu avancé si ce n’est que le cerveau des TTA et des dyslexiques est différent structurellement. Un petit pas pour la clinique, un grand pas pour la recherche!  Bien que la question de l’origine strictement auditive de la dyslexie demeure encore ouverte, elle a perdu des plumes… à l’instar de la poule citée au début de cet article.

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., orthophoniste

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