La dysfonction de l’articulation temporo-mandibulaire peut-elle/doit-elle être traitée en orthophonie?

Le 2 février prochain, j’irai faire une présentation à une équipe de chiropraticiens et de physiothérapeutes sur l’apport de l’orthophoniste dans le traitement des dysfonctions temporo-mandibulaires. Si vous me lisez, et ce, même si vous êtes orthophonistes, vous vous dites probablement Hein?

Quand la mâchoire craque, n’ouvre pas autant qu’on voudrait, bouge, bloque, fait mal, quand on a mal aux oreilles ou juste devant, à la tête, au cou ou aux épaules, qu’on mange notre hamburger avec une fourchette (rapporté par une cliente) ou qu’on est limité dans la chambre à coucher (oui, oui, ça aussi c’est important), on a probablement une dysfonction de l’articulation temporo-mandibulaire.

Le réflexe serait alors de consulter un professionnel comme un chiro, un ostéo ou un physio et c’est une bonne idée. Bravo à ceux et celles qui prennent leur santé en mains. Plus celles que ceux dans ce cas-ci parce que cette dysfonction touche beaucoup plus les femmes (ratio 6 :1) (Ferreira et al., 2009). Certains se voient référés d’un dentiste à un orthodontiste puis on leur moule une plaque occlusale en lien avec le bruxsime (gricher des dents) présent ou non. Mais jamais, personne, ne réfèrera en orthophonie. Pourquoi on ferait ça? C’est pas les sons le problème!

Eh bien, l’orthophoniste est LE spécialiste de la rééducation de l’appareil stomatognatique. Quessé c’est ça, vous vous dites? C’est les structures responsables de parler, d’avaler, de mastiquer et de respirer. Eh oui, on est spécialisés dans tout ça nous. Saviez-vous que j’aimais mon métier?!

L’orthophonie c’est un métier méconnu dans lequel on peut se réinventer 100 x sans jamais se répéter. On sait tous ce que ça fait un orthophoniste dans une classe de maternelle, mais on ignore complètement pourquoi yen a à l’hôpital (ou carrément qu’il y en a à l’hôpital). Bonjour à vous mes collègues de radio-oncologie, de dysphagie, de troubles de la voix, aux soins aigus (post-AVC) et en équipe neuro (Parkinson, aphasies primaires progressives, Alzheimer). Je vous salut car moi, je sais que vous existez.

Pour en revenir à nos moutons. Plutôt nos hamburgers qu’on n’arrive pas à manger à moins de se saisir d’ustensiles (non, mais à moins d’être forcé, qui fait ça?).

L’orthophoniste peut faire ce qu’on appelle de la thérapie myofonctionnelle. C’est justement de rétablir les fonctions de l’appareil stomatognatique (mastication, déglutition, respiration, parole… vous vous rappelez?). Donc, comme l’articulation temporo-mandibulaire est pas mal au centre de ces fonctions, ben, on a un impact sur elle.

Si on fouille la littérature scientifique, on voit que depuis 1985 (merci Funt et al.), on a des preuves que la thérapie myofonctionnelle appliquée aux dysfonctions de l’ATM, ça fonctionne. Mais ce n’est pas un sujet populaire d’étude. C’est tellement plus facile de faire des plaques occlusales que de suggérer une thérapie où il faudra faire des exercices…

Au fil des ans, il y a eu des études menées sur le sujet : Willianson et al. 1990, Bianchini et al., 2000; Kurita et al., 2001;, Berretin-Felix et al., 2005, … je n’en dresserai pas ici une liste exhaustive, vous comprenez l’idée.

Pendant ce temps-là, je terminais mes études collégiales, Universitaire, puis débutait ma pratique comme orthophoniste. J’ai commencé le myofonctionnel autour de 2015. J’y voyais une opportunité. De manière générale, j’ai assez confiance en moi. Je sais que j’en sais pas mal et que ce que j’ignore, j’ai la rigueur pour aller le chercher et qu’entre temps, je peux me dire : Tiens! Voilà une belle opportunité de me perfectionner (lire ici, prendre 4hrs à chercher dans la littérature scientifique ce qui m’échappe avec ce client-là!).

Ya rien comme un cas difficile pour te faire croître comme professionnelle!

J’ai donc accepté des mandats difficiles, des cas vraiment complexes. Ya rien comme un cas difficile pour te faire croître comme professionnelle et je ne suis pas ironique ici. J’ai donc réalisé que mes clients avec trouble myofonctionnel avaient souvent une dysfonction de l’articulation temporo-mandibulaire. J’étais souvent la première à le leur nommer d’ailleurs.

Pour info, selon Ferreira et al., 2009, c’est 98% des gens avec une dysfonction temporo-mandibulaire qui ont un trouble myofonctionnel. Autant dire tout le monde! En traitant leur trouble myofonctionnel, ils ont commencé à avoir moins mal en mangeant, à pouvoir réintroduire des textures d’aliments qu’ils avaient bannis (de la viande parce que c’est fibreux, des crudités parce que c’est dur et des fruits entiers comme des pommes parce que ben… faut pouvoir ouvrir grand). Puis, ça s’est su. Des spécialistes de l’occlusion m’ont référé des clients et me voilà qui traite, mais traite pas, mais traite pareil, les dysfonctions de l’ATM.

Je vous parle de ça, parce qu’on ne sait pas ça quand on sort de l’école. D’ailleurs ni quand on pratique depuis 10 ans. Si vous êtes orthophoniste et que vous aimeriez du mentorat à ce sujet (ou un autre lié au myo), écrivez-moi, ça me fera plaisir (j’adore ce rôle de transmettre et d’échanger). Si vous avez mal à la mâchoire, pensez à consulter un orthophoniste et à le référer à cet article, s’il ou elle ignore de quoi vous parlez.

En attendant, j’ai de quoi faire. En plus de préparer ma présentation pour le groupe Neuractiv (fallait bien que je vous nomme), j’ai des clients qui représentent de beaux défis. Une entre autre qui se casse les dents, tant elle serre (bruxisme en relation avec une dysfonction de l’ATM), une autre dont l’occlusion est complètement changée parce que le condyle sort de son trou tellement souvent, qu’un second disque s’est formé dans l’articulation et finalement, une petite cocotte qui, malgré ses 9 ans a des migraines aveuglantes qui la font vomir (en lien, vous l’aurez compris, avec une dysfonction temporo-mandibulaire).

L’orthophonie n’a pas fini d’étonner!

Et pour la petite histoire de recherche, ben, on vient de publier une revue systématique sur l’effet de la thérapie myofonctionnelle sur les dysfonctions de l’ATM dans le Journal of craniomandibular practice. Leurs résultats sont très clairs. C’est efficace. L’orthophoniste a sa place. Merci Melis et al., 2022 de confirmer que l’orthophonie n’a pas fini d’étonner.

 

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., Orthophoniste clinicienne, conférencière et formatrice

 

Crédit image: Canvapro

Pour les intéressés, voici la bibliographie associée :

Cláudia Maria de Felício, Melissa de Oliveira Melchior & Marco Antonio Moreira Rodrigues da Silva (2010) Effects of Orofacial Myofunctional Therapy on Temporomandibular Disorders, CRANIO®, 28:4, 249-259, DOI: 10.1179/crn.2010.033

De Felício, C. M., Melchior, M. de O., & da Silva, M. A. M. R. (2010). Effects of Orofacial Myofunctional Therapy on Temporomandibular Disorders. CRANIO®, 28(4), 249–259. doi:10.1179/crn.2010.03310.1179/crn.2010.033

Melis M, Di Giosia M, Zawawi KH. Oral myofunctional therapy for the treatment of temporomandibular disorders: A systematic review. Cranio. 2022 Jan;40(1):41-47. doi: 10.1080/08869634.2019.1668996. Epub 2019 Sep 17. PMID: 31530110.

 

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