Marie-Emmanuelle Marchand

La double exceptionnalité 2e

À chaque fois que j’annonce un trouble d’apprentissage, je précise et insiste sur le fait que c’est indépendant de l’intelligence. Une personne peut tout à fait être brillante, exceptionnellement douée même, et présenter un trouble d’apprentissage. Ce sont deux choses séparées. Or, c’est bien plus qu’une façon de parler, car ce profil existe. Depuis les années 2000 aux États-Unis et plus récemment ici, nous reconnaissons l’existence de ce profil où grande intelligence coexiste avec un trouble chez une même personne.

Précisément, on dit d’une personne qu’elle est doublement exceptionnelle lorsqu’elle présente une douance intellectuelle associée à un trouble neurodéveloppemental ou de santé. Précisément, il existe différents types de double exceptionnalité en fonction du trouble associé à la douance intellectuelle:

  • Trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité (2e-TDA/H)
  • Trouble spécifique d’apprentissage (2e-TA)
  • Trouble du spectre autistique (2e-TSA)
  • Trouble de santé mentale, tels que les troubles anxieux, dépressifs ou de personnalité (2e-DSM5)
Le nombre exact d’enfants doublement exceptionnels demeure inconnu, mais il peut être estimé entre 20 000 et 30 000 élèves au Québec

Toutefois une infime portion est actuellement identifiée comme telle, faute de connaissance (ex. : il est plus difficile de dépister les troubles d’apprentissages lorsque le potentiel intellectuel le camoufle) et de ressources spécialisées en douance et la récence de ce diagnostic (ce qui entraine un manque de connaissance).

Selon les chiffres actuellement avancés par les experts dans le domaine, de 3 à 5 % de tous les enfants d’âge scolaire aux États-Unis seraient 2e et jusqu’à 9 % des enfants TDA/H auraient un haut potentiel intellectuel.

D’une part, la douance intellectuelle mène à une capacité à penser différemment, à innover, à créer, à trouver des solutions créatives, mais également à un engagement remarquable dans les domaines d’intérêt. D’autre part, la double exceptionnalité est associée à des difficultés d’adaptation, de socialisation et de comportement.

Les personnes doublement exceptionnelles n’affichent souvent qu’un versant

L’effet de masquage. Soit l’entourage immédiat voit uniquement le trouble (ex. : comportements inappropriés, difficultés d’adaptation, résultats sous-optimaux), soit il voit uniquement la douance et ignore l’ampleur de la demande cognitive que nécessite la compensation des difficultés.

De fait, l’enfant réussit souvent à passer ses matières (parce qu’il arrive à compenser ses difficultés grâce à ses ressources cognitives), et cote peu aux tâches d’évaluation du langage. Ils sont donc plus difficiles à identifier. Mais il est important de le faire parce qu’eux aussi méritent d’atteindre leur plein potentiel et de ne pas être freinés dans leurs aspirations en raison d’un trouble d’apprentissage. Bien qu’ils passent généralement leurs matières ou qu’ils maintiennent leurs fonctions en emploi, cette surcharge occasionne de la fatigue, de l’irritabilité, de l’hypersensibilité (associée au profil de douance intellectuelle en raison d’une plus grande rapidité de transmission due à une myéline plus épaisse). Ne pas identifier la double exceptionnalité peut donc avoir des conséquences bien réelles pour ces personnes et par extension pour la société.

Il faut comparer la personne à elle-même et non pas à la moyenne, comme on le ferait normalement

En clinique, là où le manque de connaissance peut être néfaste, c’est que si on ignore le haut potentiel intellectuel, on juge que les difficultés sont moins marquées (la personne peut présenter un trouble même si elle performe dans la moyenne ou au-dessus). En effet, si on connaissait le potentiel intellectuel, on comparerait alors la personne à elle-même pour voir si elle sous-performe en modalité écrite du langage, par exemple. Comme la personne n’a pas une intelligence moyenne, elle ne peut être comparée à la population utilisée pour les normes des tests administrés, plutôt, il faut la comparer à elle-même. Pour cette raison, orthophonie et neuropsychologie sont recommandées. Bien sûr, un neuropsychologue pourrait conclure à un profil doublement exceptionnel sans l’apport de l’orthophoniste, mais sans cette dernière qui évalue dans le but d’intervenir, il n’y aurait pas d’aide adaptée une fois le diagnostic reçu. C’est sans compter que l’orthophoniste est spécialisée en apprentissage et en sait donc souvent plus sur les dernières approches de compensations (recommandations) et que les détails obtenus dans son évaluation approfondie du langage lui permet de travailler avec la personne là où les difficultés se présentent (deux personnes n’auront pas besoin de la même recette, c’est même plutôt rare).

Alors que vous soyez exceptionnel (tout le monde l’est, d’une manière ou d’une autre) ou doublement exceptionnel, nous pouvons vous aider. Grâce à une collaboration entre neuropsychologue et orthophoniste, l’évaluation conjointe (un rapport et une rencontre de remise de résultats conjointe pour une meilleure compréhension et prise en charge) est offerte à la clinique. Suffit d’un coup de fil!

Pour reprendre le discours tenu avec une cliente doublement exceptionnelle récemment, la plupart des gens sont des chevaux (personne dans la norme ou autour). On évalue en s’attendant à rencontrer des chevaux, mais de temps à autre, on croise un zèbre. Un être exceptionnellement doué qui ressemble à ses semblables, mais s’en distingue également. Puis il y a les doublements exceptionnels, ceux-là sont des zèbres… bleus. Ils ne ressemblent ni aux chevaux, ni aux zèbres. Ils sont tout bonnement différents et requièrent par le fait même une aide et des recommandations différentes pour qu’elles leurs soient adaptées.

Article inspiré de celui-ci.

Bibliographie pour aller plus loin

Assouline, S., Foley Nicpon, M., Colangelo, N., & O’Brien, M. (2008). The Paradox of Twice-Exceptionality Packet of Information for Professionals – 2nd Edition (PIP-2). Belin and Blank International Center for Gifted Education and Talent Development.

Barnard-Brak, L., Johnsen, S. K., Hannig, A. P., & Wei, T. (2015). The incidence of potentially gifted students within a special education population. Roeper Review, 37, 74-83.

Fugate, C. M. (2018). Attention divergent hyperactive giftedness: Taking the deficiency and disorder out of the gifted/ADHD label. In S. B. Kaufman (Ed.) Twice exceptional: Supporting and educating bright and creative students with learning difficulties (pp. 191-200). NY: Oxford University Press.

Lovecky, D. V. (2018). Misconceptions about giftedness and the diagnosis of ADHD and other mental health disorders. In S. B. Kaufman (Ed.) Twice exceptional: Supporting and educating bright and creative students with learning difficulties (pp. 83-103). NY: Oxford University Press.

Rinn, A. N. (2018). Social and emotional considerations for gifted students. In S. I. Pfeiffer, E. Shaunessy-Dedrick and M. Foley-Nicpon (Eds). APA Handbook of Giftedness and Talent (pp. 453-464). Washington, DC : American Psychological Association.

Silverman, L. K. (2018). Assessment of giftedness. In I. S. Pfeiffer (Ed.) Handbook of giftedness in children: Psychoeducational theory, research, and best practices, second edition (pp. 183-207). Springer.

http://www.aqdouance.org/hypersensibilites-chez-ladulte-surdoue-douance-quebec/

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