"> Trouble de l’alimentation chez les enfants - Marie-Emmanuelle Marchand

Marie-Emmanuelle Marchand

Trouble de l’alimentation chez les enfants

Mythes 

Il va finir par manger quand il aura assez faim 

Ça va se régler tout seul, c’est juste une passe 

Il est juste difficile 

Il a une forte personnalité et sait ce qu’il ne veut pas 

C’est normal, j’étais pareil à son âge 

Il est dans sa courbe de croissance, pas lieu de s’inquiéter 

Je le laisse manger ce qu’il veut, comme ça au moins, il mange 

Il (ne) mange pas aux repas, mais prend plein de collations, c’est ok 

Il est facilement distrait/il a trop hâte de retourner jouer, c’est pour ça qu’il mange peu 

 

En Europe on va parler de Trouble de l’oralité alimentaire. En Amérique, de dysphagie pédiatrique et de Feeding disorders qu’on peut traduire comme Trouble de l’alimentation. Dans un monde idéal, tous les enfants seraient identifiés tôt et pris en charge par une équipe multidisciplinaire: ergothérapeute/orthophoniste/psychoéducatrice/nutritionniste/otorhinolaryngologiste. Dans le monde dans lequel on vit, les enfants ne sont pas tous identifiés, les inquiétudes des parents pas pris au sérieux et l’enfant et sa famille sont laissés sans soutien.  

Comme je fais beaucoup de rééducation myofonctionnelle, j’ai développé un œil et plus les années passent, plus je suis en mesure d’identifer ces troubles de l’oralité. J’ai donc commencé à me former formellement pour au moins pouvoir accompagner ces familles le temps qu’ils soient vus par les professionnels de la santé, pouvoir faire les références appropriées et être proactive durant l’attente entre la référence et la réception des services.  

Comme il n’est pas fréquent de lire sur le sujet, du moins en pratique privé, j’ai pensé rédiger cet article. 

 

Dépistage 

Un enfant qui répond à un ou plusieurs des éléments suivants devrait être évalué par un professionnel formé : 

  • S’étouffe aux liquides 
  • S’étouffe aux solides 
  • Mange peu 
  • Se nourrit d’aliments spécifiques ou peu variés 
  • Ne mange pas aux repas, mais privilégie les collations 
  • A des hauts le cœur rapidement ou fréquemment 
  • S’emplie les joues de nourriture avant d’avaler 
  • Recrache après avoir tenté de mastiquer (ex.: viande) 
  • Refuse certaines textures 
  • Présente un retard dans sa courbe de croissance 
  • Fait beaucoup de reflux 
  • A de la difficulté à prendre le sein (allaitement) 
  • Doit être allaité souvent (boire aux 1-2 hrs) et s’endort au sein 
  • Enfant qui persiste à mastiquer la bouche ouverte malgré les requêtes de fermer la bouche des parents 
  • Manque de contrôle salivaire (bave beaucoup) 
  • …  

La courbe de croissance  

Même s’il est dans sa courbe comme on dit, plusieurs problèmes peuvent nuire à sa relation à la nourriture, à son confort à table et à l’aisance/le stress de la famille au moment des repas.  

 

L’aspect émotionnel 

Les adultes mangent dans deux buts: émotionnel et nutritionnel. Les enfants eux, ont une relation émotionnelle à la nourriture seulement. Ils vont se priver de nourriture s’ils n’aiment pas ce qu’on leur offre. Juste à penser à ces épinards, champignons et crevettes. 

Toutefois, l’aspect émotionnel dépasse le contenu de son assiette. En effet, il concerne également le climat aux repas, l’environnement, le contexte, la routine, l’offre et l’approche. 

Climat: papa et maman parlent fort, j’arrête de manger 

Environnement: assis devant la télé, j’oublie de manger et mange moins en quantité, mastique moins 

Le contexte: est-ce que je dois me dépêcher parce qu’on doit aller en voiture? Se coucher?  

La routine: est-ce que je mange à heures fixes? Est-ce que je peux me préparer, être avisé, sentir et entendre les odeurs de la préparation du repas ou est-ce qu’on m’avise lorsque c’est le moment que mon émission est coupée sans préavis et que comme c’est réchauffé ou un mets préparé, je n’ai pas senti les odeurs et pu activer mon appétit? 

Combien de fois je mange par jour, est-ce que c’est avec les autres membres de ma famille ou c’est davantage des collations en jouant? 

L’offre: est-ce qu’on m’offre des choix sur la nourriture, les breuvages? Est-ce que j’ai un certain contrôle? Est-ce que je peux choisir mon assiette, mes ustensiles? Est-ce que je peux demander de la sauce même s’il n’y en a pas sur la table? 

L’approche: est-ce que je peux jouer avec ma nourriture, est-ce que je peux décider de manger tous mes petits pois en premier ou est-ce que c’est rigide et strict dès que je m’assoie à table? 

 

Voici un outil intéressant pour mieux identifier l’émotion de notre enfant face à un aliment, une texture. Vous constaterez que la deuxième ligne est consacrée aux réactions plus négatives alors que la première représente des émotions plus positives. 

Considérations  

Il faut adresser la régulation de l’appétit 

L’enfant doit pouvoir se nourrir lui-même, jouer avec sa nourriture pour stimuler son appétit, favoriser sa coordination 

S’assurer que tous les groupes alimentaires sont inclus dans la diète 

L’enfant doit pouvoir exercer un certain pouvoir 

La relation à la nourriture doit être rétablie et positive 

Les différences inter-individuelles (particularités sensorielles, historique médicale, troubles associés) doivent être prises en compte 

On doit s’intéresser à ce qu’ils ingèrent, mais également à ce qu’ils expulsent. Est-ce qu’il va à la selle régulièrement? Est-ce qu’il a du reflux? 4 domaines composent le PFD 

Comment sont ses habiletés orale-motrices? Mouvements de la langue, des joues, des lèvres, la mastication, les mouvements mandibulaires, la déglutition… 

Comment va son langage? Comme les mêmes muscles sont en cause, il n’est pas rare que l’enfant présente des particularités dans sa parole (ex.: prononce un mot de manière différente d’une fois à l’autre, ne parle pas clairement). 

Est-ce qu’il est dédaigneux ou très sensible? Ex.: un enfant qui ne peut tolérer marcher sur du gazon mouillé pieds nus ou qui a horreur d’avoir une goutte de smoothie sur la main.  

Conseils

Ne réprimandez pas un enfant qui laisse de la nourriture dans son assiette. Le fait de laisser de la nourriture dans son assiette est la preuve qu’il est à l’écoute de ses signaux de faim et de satiété.

Vous détestez voir des aliments qui se gaspillent? Il est possible de réduire les pertes en demandant à l’enfant s’il a une petite ou une grosse faim au moment de le servir. Vous pouvez lui servir de petites quantités et lui permettre ainsi de vous en redemander. Finalement, il n’est pas interdit de mettre les restants au frigo et de faire un buffet de restant quelques jours plus tard! S’il est plus vieux, vous pouvez laisser l’enfant se servir. Il saura quelle quantité mettre dans son assiette en fonction de son appétit.

Évitez de…

  • Rentrer une cuillère dans sa bouche de force
  • Négocier 2-3 bouchées de plus et tu pourras…
  • Marchander, exemple promettre une récompense ou un privilège s’il mange (ex. « si tu finis ton assiette tu pourras regarder ton émission préférée »)
  • Allumer la télévision pour le distraire
  • Tenter de le raisonner, par exemple « mange si tu veux être fort »
  • Vous fâcher, hausser le ton, montrer des signes de mécontentement
  • Utiliser l’heure du repas pour régler vos comptes (avec l’enfant ou votre conjoint(e)) le climat est important, on a juste à penser à un souper entre amis et combien il nous est agréable alors de manger
  • Le féliciter d’avoir tout mangé, plutôt, félicitez-le d’avoir écouté sa faim, d’avoir tenu son ustensile, d’être resté assis, d’avoir goûté à tout ce qu’il y avait dans son assiette.

Établissez un horaire de repas

Le choix de manger ou non revient à l’enfant. Par contre, il est important de lui faire comprendre que s’il décide de ne pas manger au moment prévu, il n’aura pas de permission spéciale. Dites-lui par exemple : « Es-tu sûr que tu ne veux rien manger? C’est ton choix, mais tu devras attendre l’heure de la prochaine collation pour manger à nouveau. C’est bien ce que tu veux? ».

L’enfant doit s’asseoir à la table même s’il ne veut pas manger. Il est important qu’il respecte l’horaire établi et qu’il partage ce moment avec vous. Il ne doit pas croire que le refus de manger est récompensé par une période « privilège » de jeux ou de télé! De plus, le repas est une occasion idéale pour discuter avec lui, qu’il mange ou non.

Laissez passer les crises

Si un enfant est en crise et ne veut rien entendre, il est important de le laisser se calmer. Aucune intervention ne sera utile dans ces conditions. Bien que cela soit parfois difficile, demeurez calme. Si vous vous fâchez, sa relation à la nourriture, à l’heure des repas pourrait s’en trouver altérer.

_______________________________

Je m’arrêterai ici, mais s’il y a intérêt, laissez-moi un commentaire ci-bas. Je pourrai faire un nouveau billet et aborder d’autres aspects.  

Pour les parents qui hésiteraient, je dirais contactez-moi. Selon mon expérience, il est rare qu’un parent s’inquiète sans aucun fondement. On peut se faire une rencontre d’évaluation des besoins pour échanger de l’information, répondre à vos questions, identifier les éléments qui fonctionnent et ne fonctionnent pas dans l’alimentation de votre enfant et s’entendre ensemble sur la marche à suivre. 

Merci de votre intérêt. 

Votre orthophoniste de proximité,

 

Marie-Emmanuelle Marchand, M. Sc., Orthophoniste 

 

Disclosure: une partie de cet article a été tiré de celui-ci

 

 

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Quand apprendre est amusant, l’avenir est prometteur.
– Michaël Ferrari

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